Communication visuelle - Concepts clefs pour mieux créer

Quand l’image devient langage

Avant- propos :

Cet article permet de cerner des questions centrales sur le rôle nécessaire que doivent jouer les images quand elles se substituent aux paroles et aux actes humains dans un but de communication visuelle. Il était important de situer certaines limites et dangers sur l’emploi des images avant d’aborder plus directement des exemples pratiques dans des situations professionnelles où va intervenir une communication par l’image.

"Une image vaut tous les discours…elle équivaut à près de 5000 mots."

Au-delà des mots

Pour mieux appréhender ce sujet a priori vaste, cette maxime, issue de la sémiologie (1) , nous rappelle essentiellement que l’information contenue dans une seule image dépasse largement celle contenue dans un texte (par extension, une parole ou même un geste). Sa richesse est incontestable comparée à la réduction d’expression qu’offrent les mots.

Si les mots "trahissent" nos pensées, cela signifie qu’ils sont parfois plus pauvres à les représenter ou qu’ils gomment certaines nuances en étant trop riches de sens. Une image en dira toujours plus que moins et c’est aussi son principal défaut : elle aura tendance à aller au-delà de ce qui est nécessaire à l’expression souhaitée.

Ex : un italien qui interprète le sourire d’une jeune femme comme une demande en mariage (cher lecteur ceci est une image ;-).

De cette richesse découle une complexité d’ordre structurel et/ou formel qui contredit la simplicité apparente d’une image (que l’on associera plutôt à sa perception immédiate, donnée, évidente). L’image peut dire plus que les mots parce que son cadre ou format, ses couleurs, sa lumière, sa composition spatiale, son décor, ses objets et/ou sujets vont aussi englober le texte qui devient image ou élément de l’image.

Cette distinction entre une perception visuelle facile et une capacité à penser des images est primordiale quand on s’apprête à utiliser l’image comme substitut de la langue orale ou écrite. Nous avons là un support qui s’apparente à la complexité de la vie elle-même. Pour canaliser ce champ immense de possibilités, le regard qui perçoit l’évidence devra nécessairement se mettre à construire une langue complexe faite d’image(s).

Déconstruction

Une langue étant propre à une culture, le terme de "langage" est plus approprié pour désigner, définir, délimiter ce moyen universel de communication.

Dés lors, pour bâtir un tel langage, une lutte contre tout sentiment d’acquis s’engage. Tout comme il ne devrait pas exister de phrases toutes faites pour dire quelque chose à quelqu’un, une communication qui passe par des images devrait se targuer d’une certaine unicité. Les images sont difficiles à analyser, surtout lorsque nous avons l’habitude de les côtoyer sous la forme d’une perception instantanée dans notre environnement quotidien.

Elles sont par conséquent difficiles à concevoir en tant que langage. Savoir les appréhender permet d’y remédier. La déconstruction des images, c'est-à-dire leur analyse et leur questionnement, constitue un apprentissage suffisant pour tendre vers une finalité de ces images en terme d’usage dans le domaine de la communication.

La dimension rationnelle, émotionnelle et culturelle véhiculées dans les images sont bien entendu confondues. Cela enchérit encore leur complexité et leur portée potentielle. Employées à bon escient, elles sont une arme redoutable de présentation, d’argumentation, de séduction, de conviction, d’information. Le tout réside dans une capacité à évaluer et doser un équilibre entre chacune de ses deux composantes.

Les formules préfabriquées (2) sont autant de pièges bien rassurants qui doivent être évités, sous peine de perdre sa "pensée d’image" comme on perd le fil de son discours dans les mots d’une conversation.

L'oeil graphique

Communiquer une idée ou un argument de manière visible fait aussi appel à la notion de regard. Ce regard n’est ni plus ni moins qu’une autre expression, plus simple, pour désigner cette pensée d’image(s) qui analyse et découpe quelque chose pour recoudre autre chose.

Envisager les choses d’une certaine façon à un certain moment, les traduire à travers cette perception visuelle si particulière, nourrir la pensée d’images pour nourrir ses images de pensées, arpenter en quelque sorte ce courant entre le monde et soi-même, trouver sa place en ce monde, c’est au fond trouver un regard.

Trouver un regard, c’est être capable de mettre en scène une réalité modelée à partir d’un réel perçu pour servir une communication dont il faut prédéterminer les aboutissants (quel usage ?). Dans la mesure du possible, ne jamais laisser au hasard le soin de faire tout le travail sous peine d’induire un résultat tout aussi aléatoire dans l’effort d’une communication visuelle.

Polymorphisme

Le sens ou le message supposé se trouver à l’intérieur d’une image et placé par un "regard" n’existe pas en tant que tel puisqu’il n’y a pas de véritable verbalisation. Une image n’ayant pas la précision du discours, elle appelle l’imagination (3) : c’est donc le vecteur d’autres images. Il existe bien des accidents de lecture des images pour toutes ces raisons.

Comme il s’agit avant tout ici de défendre une idée ou d’argumenter un point de vue, une réduction de cette multiplicité de l’image, par la construction d’un regard, atténue son pouvoir imaginant et garantit une interprétation plus pertinente.

La communication visuelle qui va s’effectuer réside en une tension entre un regard, le plus fréquemment individuel, au moment de la conception (forme de langage subjectif) et une perception qui, la majeure partie du temps, est une interprétation collective (dans le sens ou elle collecte une somme de subjectivités diverses).

Dés lors il devient assez difficile de déterminer la part d’objectivité contenue dans une image tant cette notion abstraite se rattache à l’objectivité du sens ou du message qui varie peu voire aucunement selon l’individu. L’appropriation du langage est le fait de chacun. Une communication visuelle a atteint son but lorsqu’une personne ou un collectif de personnes s’est approprié(e) cette image.

Sébastien Fornes
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1 Discipline littéraire qui permet d’étudier le sens d’un texte (ndlr).

2 Ou "images gratuites" qui se distinguent des autres images comme un bruit se distingue d’un son, c'est-à-dire par un évènement plus accidentel que construit et qui ne renvoie qu’à lui-même. Il est bien entendu possible de construire un son avec du bruit et réciproquement. Une source d’images (analogique, numérique…), tant qu’elle ne se met pas au service d’une image construite, reste un bruit visuel dans l’optique de la communication par l’image.

3 Ici, capacité à produire des images mentales ou concrètes, précises ou imprécises, issues de perceptions.